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Kinshasa : une milice affilié au parti au pouvoir au cœur de la controverse
Présent dans plusieurs communes de la ville, ce mouvement est régulièrement accusé de vols, d’intimidations, d’arrestations arbitraires et d’actes de violence. Malgré ces accusations récurrentes, aucune action décisive des autorités ne semble, à ce jour, avoir permis de mettre fin à ses activités.
Des origines politiques remontant aux années 2000
La Force du Progrès trouve ses origines dans les années 2000, période durant laquelle l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), fondée par Étienne Tshisekedi wa Mulumba, s’opposait au maintien au pouvoir de Joseph Kabila Kabange durant la transition politique. À l’époque, certains groupes de jeunes proches du parti s’étaient mobilisés dans des manifestations politiques et avaient été publiquement encouragés par le leader historique de l’UDPS.
Depuis lors, la Force du Progrès est souvent perçue comme une structure informelle affiliée au parti, bénéficiant d’une certaine influence dans l’espace politique et urbain de Kinshasa.
Le groupe ne constitue par ailleurs pas une entité unifiée. Il est plutôt organisé en plusieurs factions autonomes, souvent en concurrence pour le contrôle de territoires dans la capitale.
Parmi les figures citées figurent Gecko Beia, arrêté en 2017 lors de manifestations anti-Kabila puis libéré en 2019 après l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, ainsi que Mokato, surnommé « Seigneur de Guerre », et Seba.
Dans la commune de Limete, une faction influente est dirigée par Joël Mpaba Mukiri, alias Moselu, qui se présente comme président national du mouvement. D’autres groupes sont actifs à Ngaliema, Kalamu ou encore dans la Tshangu, dirigés respectivement par des responsables tels qu’« Antiballes », Mokato ou Blondy Kisala.
Cette fragmentation alimente des tensions internes, chaque groupe cherchant à étendre son influence dans les quartiers de la capitale.

Des accusations de dérives et de justice parallèle
Dans certains quartiers, ces factions sont accusées d’exercer des fonctions assimilées à celles des forces de l’ordre, procédant à des arrestations, infligeant des sanctions et imposant des amendes de manière informelle.
Le chercheur Albert Malukisa décrit le mouvement comme une organisation composée en partie de jeunes déscolarisés, de chômeurs et d’anciens membres de groupes dits « Kuluna », certains estimant que leur proximité avec l’UDPS leur confère une forme d’impunité.
À Ngaliema, des habitants accusent notamment la faction d’« Antiballes » d’avoir mis en place une zone d’influence fortement structurée, avec un quartier général informel et des pratiques coercitives. Malgré des décisions de justice, certaines expropriations présumées n’auraient jamais été résolues.
Des liens ambigus avec les institutions
Le 30 avril 2026, une réunion organisée par la faction dirigée par Eleva dans la commune de Limete a rassemblé une centaine de membres. Lors de cette rencontre, des propositions liées à l’implication du groupe dans la collecte d’impôts dans les marchés ont été évoquées, avant d’être immédiatement rejetées par la direction, qui a rappelé que cette mission relevait exclusivement de l’État.
Le secrétaire général du groupe, Aimé Kanza Ndaya, a toutefois affirmé que certains membres avaient été intégrés dans les forces de sécurité après formation, notamment au sein de la garde présidentielle, rejetant l’idée que le mouvement puisse être qualifié de bande criminelle.
Sur le plan politique, les positions au sein de l’UDPS apparaissent divisées quant à l’attitude à adopter face aux différentes factions du mouvement. Certaines personnalités du parti seraient proches de groupes spécifiques, accentuant les rivalités internes.
Des incidents ont également été signalés ces dernières années, notamment l’attaque de la résidence d’Olive Lembe Kabila en juillet 2024, ou encore des accusations portées par des partis d’opposition concernant des intimidations contre leurs sièges.
Plus récemment, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des menaces attribuées à des responsables de factions de la ‘Tshangu’, visant des opposants à une éventuelle réforme constitutionnelle.
Si certains responsables de la Force du Progrès affirment qu’il s’agit d’un mouvement politique et non d’une organisation armée, plusieurs analystes estiment qu’il s’agit d’une structure hybride, à la frontière entre engagement politique, contrôle territorial et activités coercitives.
Dans un contexte politique déjà sensible autour des débats sur l’avenir institutionnel du pays, la présence et les activités de la Force du Progrès continuent de susciter inquiétude et controverses au sein de la société congolaise.

